L’enjeu de la circulation et le défi 2

Axe de communication et de circulation majeur à l’échelle asiatique, le détroit de Malacca, ses prolongements méridionaux et orientaux, ont, dans la longue durée, structuré les espaces terrestres qui, situés de part et d’autre, se décomposent en bandes ou rubans parallèles de direction nord-ouest-sud-est, le long de routes et de voies ferrées. La multipolarité ou le polycentrisme de ports-comptoirs-entrepôts le caractérisent de façon récurrente, même s’il a été ou est soumis aux contraintes de la centralisation d’États-nations, qui se sont constitués dans la seconde moitié du XXe siècle. L’ère de la mondialisation ren¬forcée est favorable à ce polycentrisme, qui a dominé du XIIIe au début du XXe siècle et qui connaît une renaissance de nos jours. Les triangles de crois¬sance réunissent de nouveau les deux rives du détroit de Malacca comme les anciens sultanats d’Aceh et de Johor. La cité-Etat de Singapour s’est transfor¬mée en « cité globale », en soignant la qualité de ses infrastructures portuaires et aéroportuaires, en attirant un maximum d’investissements de multinationales étrangères, en multipliant ses propres investissements dans toute l’Asie orien¬tale et en devenant la première place financière du Sud-est asiatique ainsi qu’un pôle d’interconnexion mondiale de l’information et de la télécommunication.

Voir plus: voyage privé au vietnam | circuit du nord au sud vietnam | loger chez habitant | prix visa vietnam | voyage au vietnam cambodge
Dans les Etats-archipels, au Japon comme en Indonésie, on a constaté l’ap¬parition, dans la grande île qui se trouve en situation centrale (Honshu, Java), d’un «Etat agraire» basé sur la riziculture irriguée et centré sur une capitale abritant un souverain vivant dans un palais qui symbolise l’ordre cosmique. Le modèle de cet «Etat agraire» est d’origine indienne à Java, d’origine chinoise au Japon. A Java l’« État agraire » apparaît à peu près à la même époque qu’au Japon, du VII au XIe siècles dans les royaumes de Kadiri et de Mataram, centrés dans la plaine de l’actuelle Jojakarta.
Il faut souligner que dans les deux cas, parallèlement à cette récurrence d’« États agraires », il existait des villes, comptoirs-portuaires ou cités-Etats, sur les littoraux le long de grands axes de circulation maritime (côtes de Kyushu et de la mer intérieure japonaise, côtes de Sumatra et du nord de Java, le. pasisir). Il s’agissait soit de villes jouissant de franchises et d’une relative autonomie au Japon, ou bien d’une véritable indépendance dans le cas des cités-Etats malai¬ses. Les grands États-archipels que sont le Japon, l’Indonésie, les Philippines à moindre égard, ont un modèle combinant les auréoles concentriques de l’État- agraire et l’axe des voies de circulation parallèles des cités-États et des ports- comptoirs. L’architecture plus complexe de l’État-archipel asiatique a permis jusqu’à présent aux logiques territoriales de cohésion de l’emporter sur les logi¬ques de fragmentation toujours sous-jacentes.
Une phase, de métropolisation ou de mégalopolisation, a commencé au Japon pendant la période dite de la Haute Croissance (1955-1973), au cours de laquelle s’est formée la mégalopole japonaise. En Indonésie, c’est à partir des années 1970, avec environ un siècle de décalage par rapport au Japon, que com¬mence une période de croissance économique au cours de laquelle les aires métropolitaines s’industrialisent et s’étendent au sein des espaces ruraux voi¬sins, formant ce que Mac Gee appelle le phénomène desakota (Mc Gee, 1991).
Le Japon a unifié son territoire par un processus politique et économique endogène qui s’est étalé sur plusieurs siècles, alors que l’Indonésie et les Philip¬pines ne sont sorties de leur fragmentation récurrente que, plus tardivement, par une intervention coloniale d’origine européenne (hollandaise et espagnole). En Indonésie, le poids de l’histoire de Java a joué et continue de jouer en faveur de l’unité. La mégapole-capitale (Jakarta, Manille) et la mégalopole existante (Japon) ou embryonnaire (Indonésie) ne cessent de se renforcer dans ces trois pays marqués par un Etat extrêmement centralisé, alors qu’apparaît une diffi¬culté plus ou moins grande à intégrer les périphéries les plus lointaines, les extrémités des arcs insulaires.
Pour rendre compte de la carte actuelle des inégales répartitions de la popu¬lation et des richesses, il faut donc faire appel aux anciens modèles spatiaux et aux logiques territoriales des États qui ont agi dans la longue durée et sont encore en grande partie responsables de la carte actuelle, bien qu’ils aient le plus souvent, avec la société, changé de nature. De politiques et symboliques qu’ils étaient, ces modèles spatiaux sont devenus davantage économiques, mais l’ar- rière-plan géohistorique est toujours présent. A la fin du XXe siècle, un proces¬sus de régionalisation, l’ASEAN, s’est peu à peu étendu à l’ensemble des dix États de l’Asie du Sud-Est. Cet espace tant continental que maritime prend une consistance de plus en plus grande, d’où l’intérêt d’une comparaison avec cet autre espace situé au sud-est de l’Europe qui comprend les Balkans, aux¬quels il faut joindre l’archipel grec de la Méditerranée orientale, les détroits, la mer Noire et la Turquie.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*