La dimension transnationale 9

Les défis de la piraterie à l’échelle régionale
Entre Indonésie et Malaisie, le détroit de Malacca est un centre du com¬merce maritime international, point de passage privilégié entre l’Europe, le Moyen-Orient et l’Asie orientale. Depuis une dizaine d’années, des pirates de plus en plus nombreux, de plus en plus violents, montent à l’abordage de navi¬res de commerce et font la preuve chaque jour qu’ils sont capables d’en prendre le contrôle pour les piller. Dans cette région du sud-est asiatique à dominante musulmane, les Américains craignent aujourd’hui que ces pirates ne deviennent des terroristes, transformant un chimiquier ou un gazier en bombe flottante, coupant cette artère vitale du commerce international, ce qui pourrait déclen¬cher une crise économique et financière planétaire. Cette piraterie d’origine malaise, qui domine dans les détroits, se différencie de la piraterie d’origine chi¬noise, présente dans la mer de Chine méridionale. Celle-ci, très liée au crime organisé, est présente au large des côtes chinoises, dans un triangle reliant Hainan-Luçon-Hong Kong. L’Asie du Sud-Est est la région du monde la plus exposée aux actes de piraterie avec plus de 50% des agressions répertoriées (E. Denécé, 2004, 283).

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Il s’agit en fait d’un phénomène ancien, de la longue durée. Au développement des réseaux d’échanges a toujours correspondu celui des réseaux de piraterie un peu partout dans l’Archipel, mais plus particulièrement dans le détroit de Malacca, autour de l’île de Bornéo et jusque dans le petit archipel des Sulu. Les brigands des mers, surgissant et disparaissant rapidement, formaient de véritables communautés au service de tel ou tel sultan, contribuant à l’exten¬sion de son autorité et de son territoire. La colonisation occidentale a fait recu¬ler durablement le phénomène (R. De Koninck, 2005, 52-53). Cependant le Bureau maritime International (IBM) a constaté une augmentation très sensi¬ble des actes de piraterie depuis 1999. Apparaît également la menace d’une col¬lusion entre la piraterie et le terrorisme islamiste international. Cette insécurité, qui perturbe le trafic maritime, entraîne une majoration de 10 à 20% des coûts des primes d’assurance pour les navires transitant par les détroits (N. Fau, 2004, 298). Des accords bilatéraux dans un premier temps ont été signés entre la Malaysia, l’Indonésie et Singapour pour coordonner les activités de surveil¬lance. Un centre régional de lutte contre la piraterie a été créé à Kuala Lumpur en 1993, chaque Etat prenant par ailleurs des mesures propres pour lutter contre ce phénomène.
Dans le cadre d’un sommet de l’ASEAN à Manille (1999) puis d’une confé¬rence internationale sur la piraterie à Tokyo (2000), le gouvernement japonais a proposé une participation des garde-côtes japonais à la surveillance du détroit et des eaux indonésiennes en coopération avec les États riverains. Cette proposition a été accueillie favorablement par les gouvernements de l’ASEAN, et la cité- Etat de Singapour a même octroyé des facilités de stationnement aux forces maritimes japonaises pour patrouiller plus efficacement dans le détroit (N. Fau, 2004, 298). C’est la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale que le Japon participe directement à la sécurité de la région. Là encore, l’ASEAN facilite la prise de conscience collective d’un risque de dimension régionale, mais n’a pas ou ne se donne pas les moyens de lutter seul contre ce danger, et préfère plutôt faire appel à l’assistance d’une grande puissance extérieure direc¬tement intéressée, le Japon. Les États-nations restent les acteurs principaux de la lutte contre la piraterie transnationale de plus en plus active dans les eaux d’Asie du Sud-Est.
Pluralité des régionalismes et difficulté d’une véritable intégration régionale: la prégnance des Etats-nations
L’ASEAN n’est pas comme l’Union européenne un objectif en soi, mais un moyen de favoriser la paix et la stabilité, de régler les conflits autrement que par la force, de mieux résister aux pressions extérieures et d’obtenir plus facilement l’accès aux marchés extérieurs, en instituant un dialogue efficace avec l’Europe, comme avec l’Amérique ou avec les pays de l’Asie du Nord-Est. Il n’y a pour¬tant pas d’institutions communautaires, mais des réunions annuelles des chefs d’Etat et des rencontres des ministres des Affaires Étrangères, de l’Économie ainsi que d’autres ministres (agriculture, écologie, culture, sciences et technolo-gie), rencontres qui sont préparées par des comités. À partir de 2000, une troïka de trois ministres des Affaires étrangères peut prendre des initiatives collectives en cas de crise intérieure à la région ASEAN, ayant des répercussions régiona¬les (catastrophe naturelle, flot de réfugiés…), mais ce n’est pas un embryon de pouvoir supranational, car elle a besoin de l’accord des dix ministres pour entre¬prendre une action quelle qu’elle soit. L’objectif de créer une zone de libre- échange et une zone de coopération monétaire a été retardé par la crise asiatique de 1997. Ce libre-échange pourrait également inclure la Chine à sa demande, ce qui dépasse le cadre de l’ASEAN proprement dit.
Depuis le milieu des années 1980, les liens économiques et financiers se sont renforcé à l’intérieur de l’ASEAN et plus largement de l’Asie orientale, avec une hausse ininterrompue des échanges et des investissements, la diffusion d’un modèle de croissance. Des structures plus légères comme l’APEC (21 pays mem¬bres) et l’ARF (Asian Régional Forum, 24 pays membres) se réunissent moins sou¬vent, ne traitant que de questions économiques et, de plus en plus, de questions de sécurité (terrorisme, prolifération des armes de destruction massive). C’est dans ces instances que les pays de l’ASEAN rencontrent les États-Unis, le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, qui jouent un rôle important pour la sécurité de la région et la coopération scientifique et technique. Cependant, l’identité «Asie-Pacifique» est encore faible, mais complémentaire par rapport à l’identité «Asie orientale», véhiculée et constamment renforcée par les réunions régulières aux niveaux ministériels et des États dans le cadre ASEAN + 3. Ces différentes structures doivent coexister et même s’emboîter, comme des poupées gigognes, pour servir un régionalisme en cours d’élaboration.
Une intégration régionale de type européen n’est pas pour le moment en marche, car les différences de systèmes politiques sont considérables ainsi que celles des niveaux de développement. Marqués par la philosophie bouddhiste, les Asiatiques sont enclins à une tolérance et à une modestie par rapport à l’am-bition d’un modèle à visée universaliste de type européen. Cet état d’esprit est trop souvent étranger à des esprits cartésiens européens et trop souvent mal compris par ceux-ci. L’Asie orientale reste multipolaire avec en particulier une rivalité entre la Chine et le Japon, une méfiance des pays plus petits. Ces deux grandes puissances, au passé impérial voire impérialiste plus ou moins lointain, rendent pour le moment très difficile la constitution d’une véritable organisa¬tion régionale recouvrant l’ensemble de l’Asie orientale (Asies du Sud-Est et du Nord-Est). L’Etat-nation et son territoire national reste la structure dominante incontournable de l’Asie orientale, plus qu’ailleurs dans le monde, parce qu’une telle structure, si elle se situe dans une profondeur historique sans équivalent, reste récente comparativement à l’Europe. Les cités-Etats et les villes portuai¬res sont les vecteurs de la mondialisation, jadis de la modernité, aujourd’hui de la post-modernité, par lesquelles s’introduisent les changements et se font les articulations au monde extérieur.

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