La dimension transnationale 8

Ce raz-de-marée d’une exceptionnelle force a dévasté les zones littorales exposées de 6 pays asiatiques, sur plusieurs centaines de mètres ou kilomètres de profondeur selon les cas. Environ 250000 victimes sont mortes ou disparues, plus d’un million de personnes ont été déplacées, perdant leur habitat et leur outil de travail, en particulier celles qui vivaient de la pêche ou du tourisme. Le nombre élevé des victimes est dû au peuplement dense de tous ces littoraux sur le golfe du Bengale et à la présence de nombreux villages de pêcheurs ou d’ins¬tallations touristiques construits au bord des plages, ainsi qu’à la disparition des mangroves, ne pouvant plus atténuer la violence du déferlement de la vague.

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L’ampleur géographique et humaine de cette catastrophe naturelle a d’em¬blée dépassé les capacités d’action et de mobilisation de l’ASEAN pour pren¬dre une dimension mondiale. Les plus grandes puissances (États-Unis, Japon, Europe et différents pays européens, Chine…), puis les Nations Unies, se sont mobilisées pour les secours et l’aide aux sinistrés à partir du sommet de Jakarta (6 janvier 2005). Les États-nations avec leurs armées, celles des États concer¬nés comme celles des États donateurs, sont très rapidement devenus les acteurs principaux avec les ONG. Le seul acteur transnational ou régional qui a joué un rôle a été l’Union européenne, alors que l’ASEAN ou tout autre organisa¬tion régionale asiatique sont très peu apparues. Ce désastre d’une ampleur rarement atteinte a révélé la faiblesse voire l’inexistence d’instances régionales entre le niveau des États-nations incontournables et celui, mondial, des gran¬des puissances et des Nations Unies. Ces dernières ont été désignées comme coordinatrices de l’aide par le sommet de Jakarta.
D’autres risques ou catastrophes naturelles ont un impact géographique plus limité, qui concerne rarement plusieurs pays à la fois. Ce sont les cyclones tro¬picaux (typhons) qui se forment soit dans l’océan Pacifique, soit dans la mer de Chine méridionale, suivant une direction est-ouest, et qui peuvent causer des dégâts importants sur les côtes orientales des Philippines, du Viêt Nam, du Cambodge et de la Thaïlande. Les inondations provoquées par des crues exces¬sives du Mékong ou d’autres fleuves surviennent également de façon récur¬rente. Ces phénomènes climatiques relèvent presque exclusivement de la compétence des États-nations concernés, avec éventuellement des aides exté¬rieures, mais sous l’autorité de l’État concerné.
Par contre, les déboisements (déforestation), qui ont pris une ampleur crois¬sante au long de la seconde moitié du XXe siècle, ont provoqué depuis quelques années des crises environnementales résultant d’incendies de forêts répétés sur des centaines de milliers d’hectares. Des nuages de fumées ont pu alors s’éten¬dre sur plusieurs pays (une partie de l’Indonésie, des Philippines et de la Péninsule indochinoise). Ce phénomène a tendance à se reproduire tous les 3 à 4 ans. En 1997-1998, il a duré près d’une année, perturbant les trafics aérien et maritime sur des milliers de kilomètres, causant de graves problèmes sanitaires aux populations touchées. Une immense chape de très fines particules piège les autres pollutions (émissions des véhicules et des industries) dans une atmos¬phère réchauffée, qui devient irrespirable et peut causer des maladies respiratoi¬res aux populations urbaines, les premières affectées. Les incendies avaient été causés par les sociétés de plantation de palmiers à huile désireuses de nettoyer par le feu, à un moindre coût, le terrain qui comptait encore un grand nombre d’arbres non exploités par les forestiers. Les migrants, issus de la politique de transmigration, défrichent également les terres qui leur sont allouées ou qu’ils squattent en incendiant. Ces terres se trouvaient pour l’essentiel à Sumatra, Kalimantan, Sulawesi et en Irian Jaya. Ces incendies ont été accentués par la sécheresse exceptionnelle de 1997-1998 due au phénomène planétaire EINinou. La présence de tourbes de plusieurs mètres d’épaisseur dans ces plaines maréca¬geuses asséchées a entretenu une combustion intense pouvant durer des mois.
Cette récurrence des pollutions atmosphériques transfrontalières dues à ces incendies a été qualifiée en 2000, lors d’une rencontre ministérielle, de «pro¬blème environnemental le plus important et le plus urgent» par l’ASEAN qui a mis en œuvre un Plan d’action régional contre les fumées. Cette organisation régionale cherche à limiter les risques, en obligeant les Etats à interdire les feux destinés à des défrichements massifs en forêt (Durand F., 2004, 429). Brunei, l’Indonésie et la Malaysia ont conclu un accord de lutte contre les feux en 1998 (Sub-Regional Fire-fighting Arrangement). Les projets de conservation trans¬frontalière sont favorisés par l’ASEAN dans le but de préserver la biodiversité depuis 1995. Cinq réserves naturelles ont ainsi été créées en Asie du Sud-Est. Les espaces périphériques aux frontières sont, en effet, souvent moins peuplés, abritant sur des reliefs les espaces forestiers les plus étendus de la région.
Les gestions nationales, trop laxistes et de type minier, ne peuvent être contrées et contenues qu’en faisant prendre en compte ce problème par une ins¬tance transnationale comme l’ASEAN. Son rôle est de définir des réglementa¬tions communes, de délimiter des espaces de surveillance transnationaux, avec l’aide des ONG mondiales de protection de l’environnement, enfin de susciter des projets de réserves transfrontalières. Une organisation régionale comme l’ASEAN peut jouer un rôle essentiel dans la gestion et surtout la prévention des crises environnementales récurrentes en relation avec des phénomènes cli-matiques ou avec les déboisements. Elle n’a pas, en revanche, une structuration et une capacité de mobilisation et d’action rapide suffisante pour intervenir efficacement, en cas de catastrophe brutale de grande ampleur comme les tsu¬namis. Dans ce cas, les États-nations, les grandes puissances mondiales ou les Nations Unies et les ONG, sont les seuls acteurs actuellement en mesure de faire face. De tels défis à l’échelle transnationale font mesurer la différence qui sépare une organisation comme l’ASEAN et l’Union Européenne, mieux armée institutionnellement pour gérer de tels risques ou catastrophes.

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