La dimension transnationale 7

L’apparition d’une structuration régionale: l’ASEAN
Malgré son affaiblissement à la suite de la crise asiatique de 1997, L’ASEAN reste la seule organisation régionale institutionnalisée en Asie orien¬tale, et la seule forme de régionalisme asiatique qui fonctionne depuis plus de 30 ans. Elle s’est toujours placée, à l’inverse de la construction européenne, dans une optique d’expérimentation très prudente, sans visée théorique ambitieuse. L’« esprit ASEAN » consiste à pratiquer des échanges de vue informels dans un esprit de confiance et de respect réciproque (Boisseau du Rocher S., 1997,149). Cette association d’États-nations s’est faite face à un Occident aux tendances prédatrices et impérialistes, dans l’affirmation d’une identité asiatique et d’une dignité retrouvée. Cependant, il ne s’agit en aucun cas de dépasser ou de remet¬tre en cause l’État-nation, mais, au contraire, de conforter les différentes constructions nationales, qui sont récentes en comparaison des européennes. Le régional doit être au service du national et non l’inverse. «Le noyau étatique encore vulnérable utilise l’extérieur comme amplificateur et consolidateur de sa légitimité» (Boisseau du Rocher S., 1997,152). Malgré les différences de taille, de population et de territoire entre les 6 puis les 10 pays de l’ASEAN, tous sont placés sur un pied d’égalité et les décisions sont prises par consensus. Ils ne veu¬lent pas d’une institution communautaire leur imposant des décisions, qui pourraient être contraires aux intérêts de tel ou tel État.

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Depuis la crise monétaire et financière de 1997, le Japon a renforcé ses liens et son assistance aux pays de l’ASEAN (Initiative de Chiang Mai en 2000), dans le domaine financier, mais également industriel et éducatif. Il fait ainsi contrepoids à l’influence grandissante de la Chine en pleine expansion écono¬mique, en multipliant les partenariats. La méfiance envers le Japon de naguère a cédé la place à une méfiance à l’égard de la Chine, qui a, depuis 2000, pro¬posé un accord de libre-échange aux pays de l’ASEAN. Ceux-ci craignent d’être inondés de biens de consommation chinois bon marché et de voir une partie importante des investissements dont ils bénéficient réorientée vers la Chine. Le poids énorme par rapport aux différents pays de l’ASEAN de ces deux puissances que sont la Chine et le Japon rend difficile la constitution d’une unité régionale transnationale, mais est incontournable, d’où l’impor¬tance grandissante de la structure ASEAN + 3 (Fumihiko Yamada, 2004).
Jusqu’en 1997, la régionalisation a progressé en Asie orientale par le jeu des marchés stimulés par la libéralisation commerciale et financière, sans institu¬tionnalisation véritable. Cependant ce début d’intégration régionale n’a pas pu fournir une protection contre les dynamiques de crise et, même, a pu les accen¬tuer (Boisseau du Rocher S., 2003, 34-35). Chaque pays (Malaysia, Thaïlande, Indonésie) a alors opté pour une gestion de crise nationale, sans concertation avec ses partenaires. L’insécurité et les menaces terroristes d’après le 11 septem¬bre 2001 ont entraîné un retour de l’hégémonisme américain dans la région. L’incapacité de l’ASEAN à obtenir de la junte birmane une amélioration de la situation d’Aung San Suu Kyi affaiblit le peu de crédit dont il disposait. La catastrophe naturelle récente du tsunami (26 décembre 2004) n’a pas fourni à l’ASEAN l’occasion de jouer le rôle de coordination régionale des secours et des programmes d’assistance qui aurait dû être le sien.
Catastrophes, risques naturels et environnementaux: défis transnationaux et limites du régionalisme?
L’Asie du Sud-Est est l’une des parties du monde les plus exposées aux catas¬trophes et aux risques naturels, ainsi qu’aux crises environnementales dans les¬quels interagissent phénomènes naturels et humains. Ces phénomènes catastrophiques, aux conséquences humaines et socio-économiques lourdes, prennent une dimension régionale et ne peuvent pas, le plus souvent, être cir¬conscrits à un seul État-nation.
Cent quatre-vingts volcans environ suivent l’arc de la Sonde, de Sumatra aux Moluques, et traversent l’ensemble des Philippines jusqu’à Taiwan. La plu¬part de ces volcans sont actifs et plus de la moitié d’entre eux ont eu des érup¬tions notables au cours des quatre derniers siècles. On a estimé que 150000 personnes ont été déplacées à la suite d’éruptions depuis 1980 (Durand F., 2002,166). Les éruptions actuelles sont le plus souvent de type explosif, la plus célèbre d’entre elles étant celle qui disloqua en 1883 un îlot du détroit de la Sonde, le Krakatau. Le nuage de cendres qui s’éleva jusque dans la haute atmos¬phère fit plusieurs fois le tour de la terre. Gaz et poussières volcaniques se mélangent parfois en dévalant sur le versant d’un cône volcanique ; ils consti¬tuent des nuées ardentes qui asphyxient tous les êtres vivants sur leur passage. Des coulées de boue (lahar) peuvent également se former à partir de chutes de pluie abondantes lors d’une éruption ou de la vidange brutale d’un lac de cra¬tère. Ce dernier phénomène se produisit au Keloud à l’est de Java en 1919, fai¬sant 5 500 victimes. Au cours de la période 1990-1999, l’Asie du Sud-Est a été victime de 105 tremblements de terre, d’une magnitude supérieure à 6,5 sur l’échelle de Richter, qui ont provoqué des dommages matériels et parfois humains importants (Durand F., 2002, 166).
Un tsunami, sans précédent dans l’océan Indien, s’est produit le 26 décem¬bre 2004, provoqué par un séisme sous-marin de magnitude 9, dont l’épicentre était à 250 km au sud-est de Banda Aceh face à la côte de la pointe septentrio¬nale de Sumatra. Ce séisme a fait glisser horizontalement de 10-15 mètres l’interface entre les plaques indo-autralienne et eurasienne sur 500 à 600 km de long et 150 de large. Soulevant le fond marin de plusieurs mètres sur une bande de 40 x 400 km2, le chevauchement brutal de la plaque asiatique sur l’indienne a fait naître une onde se déplaçant à près de 700 km/h. Cette dernière s’est transformée en vague de 10 à 20 mètres de haut à l’approche des côtes du nord- ouest de Sumatra, de l’archipel des Nicobar et des Andaman, puis du golfe du Bengale en Thaïlande et Birmanie, enfin à Sri Lanka et sur la côte du Tamil Nadu indien.

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