La dimension transnationale 6

A quoi correspondent l’Asie du Sud-Est et l’Asie orientale?
Conformément à une tendance qui se manifeste plus ou moins clairement dans toutes les parties du monde et dont l’Union européenne est un pionnier, l’Asie du Sud-Est, l’Asie orientale, cherchent à dépasser leur fragmentation en Etats-nations pour former un ou des ensembles régionaux. Ce ne sont, pour le moment, que des structures légères de concertation périodique entre Etats souverains, mais le mouvement existe; et il serait susceptible à l’avenir d’aller beaucoup plus loin dans cette direction. Avant d’esquisser la genèse de ces regroupements et d’en évaluer la pertinence, il faut examiner les dénominations les plus couramment avancées qui servent de soubassement onomastique et idéologique à de tels rassemblements d’Etats.

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L’Asie est une dénomination vague, un peu moins que celle d’Orient, mais elle recouvre un ensemble trop vaste et hétérogène, qui ne peut faire sens comme l’Europe. Il faut donc préciser et restreindre dans l’espace le terme d’Asie, à l’aide d’un épithète ou en juxtaposant un autre nom, pour tenter de définir un ensemble géographique doté d’une certaine cohérence et significa¬tion. La notion d’Extrême-Orient englobant Chine, Japon, Corée et Viêt Nam ou Indochine, est trop européo-centrique et liée au passé colonial pour faire sens vis-à-vis des pays ou populations concernés. Des dénominations aujourd’hui utilisées, qui ont été formulées ou se sont répandues après la Seconde Guerre mondiale, celle d’Asie du Sud-Est semble avoir le plus de consistance dans tous les sens du terme. C’est une expression géopolitique forte qui a servi à l’origine à désigner un théâtre d’opérations militaires cou¬vert par le quartier général des forces alliées dans le Pacifique, sous comman¬dement britannique et américain à partir de 1943. Sa délimitation géographique précise a mis un certain temps avant de faire l’objet d’un consen¬sus international. Celui-ci est lié à l’existence de l’ASEAN (Association of Southeast Asian Nations) et à la définition de son périmètre entre 1967, date de sa création par l’Indonésie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande, et 1997-1999, dates d’adhésion des trois plus récents de ses membres, la Birmanie (Myanmar), le Laos et le Cambodge. Cette organisation comprend aujourd’hui dix États qui définissent son périmètre. Depuis 1999, ils associent systématiquement à leurs réunions la Chine, la Corée du Sud et le Japon (ASEAN + 3), ce qui montre bien la tendance à la constitution d’un ensemble plus vaste englobant les pays de l’Asie du Nord-Est et ceux de l’Asie du Sud- Est en une Asie orientale.
L’expression Asie du Nord-Est n’a pas la même réalité géopolitique que celle d’Asie du Sud-Est, car elle n’a jamais constitué un ensemble institution¬nalisé de pays se concertant régulièrement comme l’ASEAN. Elle se confond parfois avec celle d’Asie orientale ou d’Asie de l’Est qui, aujourd’hui pour les Anglo-Américains, englobe Asie du Nord-Est et du Sud-Est, sa force et sa réalité résultant de l’axe de croissance qui en est l’épine dorsale, sans institu¬tionnalisation. La dénomination Asie du Sud, utilisée surtout par les auteurs anglo-saxons, correspond à peu près à celle de monde indien ou de quasi- continent indien, regroupant sept États souverains (Inde, Pakistan, Bangla Desh, Sri Lanka, Népal, Bhoutan, Maldives). Même si ces pays sont très hétérogènes quant à leur superficie et à leurs populations, leurs religions, leurs niveaux de développement…, ils ont en commun une certaine unité cultu¬relle, fruit de l’influence de la civilisation indienne au sens large. Il y a sans doute plus de cohérence culturelle, mais moins de cohérence économique et politique que dans l’Asie orientale, culturellement plus hétérogène. La SAARC (South Asia Association of Régional Coopération), née en 1985, est très peu efficace et active à cause des relations conflictuelles entre l’Inde et le Pakistan.
Les dénominations qui utilisent le nom de Pacifique, se référant à l’océan, sont plus récentes et encore plus mal définies ou imprécises à tous égards. L’expression d’Asie-Pacifique a été introduite par les Japonais dans les années 1960 (G. Faure, 2004, 33), pour faire oublier celle de Sphère de Co-prospérité asiatique de leur période impérialiste et coloniale pendant la Seconde Guerre mondiale. Ne rassemblant d’abord que les pays non communistes, elle ne s’est imposée qu’après deux décennies. Sa légitimité lui vient de l’influence écono¬mique et des politiques de coopération du Japon avec les différents pays de la région. La confusion vient en grande partie de la nouvelle définition qu’ont essayée de lui donner les Américains à partir de 1975. Lorsqu’ils se sont retirés du Viêt Nam, ils ont voulu à partir de 1989 développer une politique d’ouver¬ture et de coopération économique entre les deux rives du Pacifique, avec le soutien de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande. La délimitation de cette Asie- Pacifique est l’enjeu de conflits politico-idéologiques opposant les partisans d’une entité commune aux pays asiatiques, américains et australo-néo-zélandais dont l’élément commun serait le libéralisme économique (Asia Pacific Economie Coopération, APEC né en 1989) et ceux, tel l’ancien Premier ministre malay- sien Mahathir, qui entendaient lui donner une plus grande homogénéité cultu¬relle, en le limitant aux pays asiatiques de la rive occidentale du Pacifique. Le projet de YEast Asian Economie Caucus (Conseil économique pour l’Asie orien¬tale) de Mahathir visait à créer en 1990 un véritable groupement de toutes les nations d’Asie orientale stricto sensu, non pas un simple comité, face aux blocs régionaux qui avaient été créés en Europe et en Amérique du Nord. Mais son caractère trop anti-occidental a fait échouer le projet, même en y intégrant l’Australie, faute de soutien japonais.
Un groupement analogue s’est retrouvé en 1996 dans l’ASEM (Asia Europe Meeting) face à la Communauté européenne en vue d’un dialogue interrégio¬nal. Il était composé des pays de l’ASEAN, de la Chine, du Japon et de la Corée du Sud (ASEAN + 3). Contrairement à l’APEC, dans laquelle seuls les États sont représentés pour discuter uniquement d’intérêts économiques, l’ASEM réunit des acteurs publics et privés, en particulier des ONG, et discute de thèmes globaux, tels que le développement durable et le respect des droits de l’homme. À travers ce dialogue Europe-Asie, est en train de se mettre en place une nouvelle entité Est-asiatique selon une problématique qui se rappro¬che de celle de l’Europe. Mais l’Asie orientale ne peut se passer du partenaire américain, aussi bien pour ses exportations, qui assurent sa croissance, que pour sa sécurité face à une instabilité potentielle.

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