La dimension transnationale 5

Le tropisme vers l’Est et le Nord-Est: l’axe de croissance de l’Asie orientale
L’Asie orientale s’est construite, en tant que région, par la mer (circulation et échanges) et par le commerce, le long d’un axe qui relie le détroit de Malacca au Japon en passant par la côte chinoise sur le Pacifique, Taiwan et la Corée du Sud. Cette route maritime, si elle est ancienne, a commencé à se constituer sous sa forme actuelle à l’époque impériale britannique au cours de laquelle se sont mis en place les principaux relais et entrepôts: Penang (1786), Singapour (1819), Hong Kong (1842), Shanghai (1842), six ports japonais ouverts à l’étranger (1854-1858) avant l’ère Meiji (1868) dont Nagasaki, Kobé, Yokohama. C’est l’activité commerciale qui a créé les solidarités régionales les plus fortes et l’axe économique autour duquel s’est structurée l’Asie orientale. Les premiers réseaux ferrés ont relié les zones de production aux ports ou aux fleuves qui alimentaient les flux économiques et démographiques de cet axe structurant. Après avoir été entre 1930 et 1945 l’axe d’expansion de l’impéria¬lisme japonais, il est devenu à partir de 1950 une ligne de front majeure du monde bipolaire de la guerre froide. Le long de cette ligne de nouveaux pays industriels (NPI) se sont développés, d’abord à la faveur des guerres de Corée (1950-1953) et du Viêt Nam (1954-1975), puis dans le sillage du Japon et avec le soutien des Etats-Unis : deux morceaux de pays (Corée du Sud et Taiwan) et deux cités-Etats (Hong Kong et Singapour). Cette ligne de front est redevenue un axe de croissance économique bénéficiant des délocalisations industrielles japonaises et du dynamisme de ces quatre « dragons ».
Un tel axe de croissance (Fig. 31) a été constitué d’abord à partir d’une route maritime qui n’a cessé de se renforcer, grâce aux premiers ports mondiaux de conteneurs (Hong Kong, Singapour en premier, puis Kaoshiung, Pusan et les ports japonais de Yokohama et Kobe) principaux hubs de la région (Tertrais H., 2004). Les flux aériens sont venus ensuite se greffer, les grands aéroports sur le continent ou les îles se confondant souvent avec les grands ports maritimes, pour former des hubs géants. Les principaux nœuds de cette circulation aérienne sont Tokyo au nord, Singapour et Bangkok au sud, Hong Kong au centre. Les nou¬veaux flux de communications téléphoniques et informatiques (internet) suivent ce même axe, en fonction des câbles sous-marins utilisant de plus en plus les fibres optiques; ils sont polarisés principalement par le Japon, Hong Kong et Singapour. Ayant d’abord attiré les investissements japonais, américains et secondairement européens, la région génère de plus en plus ses propres flux financiers et produit ses propres investisseurs, diffusant vers le sud la croissance. Les « dragons » ou NPI délocalisent et investissent à leur tour dans ce qu’il est convenu d’appeler les « tigres » : Malaysia, Thaïlande, Indonésie, Philippines, et de plus en plus le Viêt Nam. L’axe littoral a ainsi acquis sa dynamique propre, motrice pour toute la moitié orientale de l’Asie. Un marché régional est en train de se former, polarisé par les grands ports autour desquels s’ordonnent et se distribuent les flux de mar¬chandises, d’hommes, d’informations et de capitaux. Hong Kong et Singapour sont toujours en tête, peut-être parce que l’économie de l’Asie orientale est tou¬jours tirée d’abord par ses exportations vers l’Amérique du Nord et l’Europe malgré un rôle accru des échanges à l’intérieur d’elle-même (Tertrais H., 2004).

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La crise financière asiatique de 1997-98 s’est propagée le long de l’axe, en l’espace de quelques semaines, affectant inégalement les divers pays. On peut observer que les plus faibles d’entre eux ont été les plus touchés, c’est-à-dire ceux appartenant à l’Asie du Sud-Est. Les facteurs politiques ont largement interféré, puisque celui qui a les plus grandes difficultés à s’en remettre est l’Indonésie, secouée depuis cette date par une crise politique grave, qui a pu parfois paraître même menacer son unité. Cette crise dont la plupart des pays sont en train de sortir a eu principalement pour effet de renforcer la Chine continentale et son poids dans la zone. L’axe de croissance de l’Asie orientale est le levier essentiel autour duquel s’élaborent les politiques de régionalisation visant à rassembler les États-nations d’Asie orientale et du Pacifique.

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