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Hanoi – la ville éternelle

D’où que l’on vienne Hanoï réserve des surprises.
Que l’on aborde la capitale vietnamienne par la route ou par voie aérienne son approche engendre, d’emblée et à chaque rencontre, une impression fortement contrastée: un décor suranné de sérénité provinciale que vient bousculer la fiévreuse et laborieuse activité de ses habitants.

Inscrits dans l’aplani du paysage, les environs immédiats de la ville sont marqués par trois éléments intimement enche-vêtrés et complémentaires : l’eau, la terre et le riz. Au fil des saisons, à perte de vue se succèdent des étendues d’eaux stagnantes compartimemtées par les diguettes de terre, des parcelles boueuses d’où émergent parfois les naseaux de buffles recherchant la fraîcheur et d’innombrables lopins en damier où percent les souples tiges vert tendre du riz nour-ricier. Ça et là, aux rythmes du calendrier agricole, les pieds ancrés dans la terre molle, des cultivateurs se courbent sur un miroir magique aquatique qui leur reflète les caprices du ciel. Labourage, hersage, semis, dépiquage, repiquage, sarclage, inondation des champs, récolte, … tâches encore manuelles, labeur millénaire et quasi éternel que la riziculture exige de ses paysans. Car ici, à la lisière même de Hanoï, comment appréhender et comprendre le Vietnam sans l’inscrire dans sa perspective paysanne, donc villageoise et familiale ?

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La transition entre la campagne hanoïenne eïla ville s’opère sans à-coups car celle-ci est dans le prolongement naturel des rizières qui l’entourent et la nourrissent. Et sur le ruban de bitume qui mène à l’agglomération des cyclistes transportant des brassées de liserons d’eau, des motos chargées de volaille, entassée dans des paniers de rotin semblent annoncer la proximité immédiate d’un marché rural. Sur les bas-cotés de la route, maisonnettes lézardées et étroites échoppes rongées par l’humidité, chichement éclairées dès l’obscurcissement crépusculaire, forment comme un interminable fau- ;bourg que l’on devine populeux. On croit longer une lointaine banlieue, on est déjà en ville.

Si l’on arrive par l’autoroute, toute récente, qui relie l’aéroport de Nôi Bài à la capitale, la rencontre de quelques voitures rutilantes et les gestes quelque peu affectés des fonctionnaires en uniforme neuf qui officient au poste de péage laissent pressentir qu’il s’agit de signes d’une modernisation annoncée. Mais une fois franchis les 1 800 mètres du pont Chuong Duong qui, parallèle à l’archaïque et imposante suspente d’acier du pont de Long Bien, enjambe le fleuve Rouge on perçoit vite qu’il n’en est rien : derrière les digues du fleuve qui charrie vers la mer, à 70 kilomètres en aval, les limons fertiles aux tons de brique, l’extrême vétusté de l’avenue Trân Quang-Khai et les activités quasi villageoises de ses trottoirs invitent à penser que l’on traverse une bourgade oubliée par l’urbanisme du XXe siècle.

Sans doute est-il malaisé de chercher à comparer Hanoï aux métropoles voisines du Sud-Est asiatique. De Bangkok Hanoï n’a guère l’orgueilleuse et anarchique vitalité où le modernisme tapageur et outrancier a évincé toute tradition siamoise. De Kuala-Lumpur la malaise elle ne possède ni l’opulence ni la hardiesse d’une architecture triomphante. De Singapour, la chinoise de la diaspora, elle ne peut afficher cet excès d’urbanisme occidentalisé et d’urbanité contrainte. De Vientiane la laotienne elle n’a ni l’aération ni la langueur. De Phnom-Penh la khmère elle ne possède en rien le cachet hétéroclite et les blessures récentes. Enfin de Saigon, son éternelle rivale méridionale, Hanoï ne peut exhiber ces grands dégagements du centre ville toujours éclaboussés de soleil ni se targuer de cette animation mercantile un rien frimeuse et un brin rebelle.

On pénètre à Hanoï comme on entrerait, subrepticement, dans une pièce dont les jalousies filtreraient l’éblouissement trop cru de la lumière et atténueraient le vacarme extérieur Hanoï ne scintille pas, n’aguiche pas par l’afféterie et n’écrase pas par le gigantisme ou la magnificence. Avec ses îlots de verdure, ses lacs aux berges envahies de

lotus, ses boulevards plantés de tamariniers et de flamboyants qui jettent leur ombre apaisante sur les façades des anciens édifices coloniaux, Hanoï diffuse un charme subtil, discret, voire secret et profondément envoûtant. On n’admire pas Hanoï, on ne s’entiche pas pour un temps de la ville. On s’attache à Hanoï.

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